Le groupe AXA, l’art de sortir des sentiers battus grâce à la télémédecine.

Déjà en 1984 le groupe AXA transgressait en réfléchissant sur une « autre sécurité sociale », ce n’était pas une véritable privatisation car de toute façon cela était politiquement et sociologiquement impossible (Martine Aubry était alors ministre de l’emploi et de la solidarité…).
Les comptes de la sécurité sociale étaient dans la tourmente, AXA proposait alors à la CPAM de gérer à sa place un certain nombre d’assurés sociaux : les clients d’AXA en Île-de-France. AXA recevant de la sécurité sociale une enveloppe correspondant à la dépense moyenne de l’assuré sur un an, à charge de la société d’équilibrer ses comptes voire de faire des bénéfices…
Malgré le soutien de certains syndicats de médecins ce projet n’a jamais pu aboutir, il était beaucoup trop éloigné du politiquement correct.

AXA revient à la charge en matière de transgression et crée en 2015 un service de téléconsultation pour les salariés assurés.
La société propose à ses assurés ne pouvant pas joindre leur médecin traitant d’appeler un professionnel de santé, à tout moment, il peut si nécessaire délivrer une ordonnance.

Plus d’un million de bénéficiaires peuvent avoir accès à ce service dont 33 000 collaborateurs d’AXA.
Ouverte 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, la consultation se fait par téléphone, elle est gratuite et peut même se faire depuis l’étranger.
Une vingtaine de médecins se relaient chaque jour au service des assurés qui ont besoin d’une consultation ne nécessitant pas un examen physique. Il s’agit de régler des problèmes bénins.
Le médecin peut prescrire un traitement, télétransmettre une ordonnance à une pharmacie choisie par le patient et peut adresser un compte-rendu de la consultation au médecin traitant si le patient est d’accord.
L’équipe d’AXA ne délivre ni arrêt travail, ni certificat médical, ni renouvellement d’ordonnance.
La consultation qui est gratuite pour le patient n’est pas remboursée par la sécurité sociale, le numéro de téléphone dédié n’est pas surtaxé.
Les prescriptions sont prises en charge par l’assurance maladie.
Le coût de la permanence est répercuté sur le montant du contrat payé par l’entreprise à hauteur de 50 centimes d’euro par an et par adhérent.
L’assureur pourrait étendre ce service à l’ensemble de ses assurés santé.

Cette forme de téléconsultation pourrait être une des solutions à l’engorgement des services d’urgence aggravé notamment par la baisse progressive du nombre de médecins de garde.
En effet nous observons actuellement un cercle vicieux, les praticiens de garde sont de moins en moins nombreux, en conséquence les patients consultent de plus en plus souvent dans les services d’urgences pour des pathologies bénignes, aggravant la désorganisation de ces services. Les coûts sont exorbitants pour la société (le traitement d’une grippe bénigne dans un service d’urgence d’un CHU étant infiniment plus coûteux que si elle était traitée au cabinet médical, le coût serait encore bien inférieur si elle était prise en charge par une téléconsultation.

Malheureusement dans notre pays, l’organisation de la télémédecine ne progresse que très lentement (voir notre billet de blog du 27 septembre 2016 : La télémédecine, Espoir, définition et réalité, et sa mise à jour en cours de publication). Même si la loi de finance de la sécurité sociale pour 2017, permet un élargissement à tout le territoire des expérimentations tarifaires des téléconsultations et télé-expertises le champ des possibilités est très restreint.

L’absence de prise en charge des honoraires des téléconsultations de façon simple et généralisée par la caisse primaire d’assurance maladie oblige la société civile à prendre ses responsabilités, voulant légitimement prendre place sur ce créneau elle fait preuve d’inventivité et d’initiatives.

Le point primordial est l’intérêt du public pour la télémédecine, son intérêt ne lui a pas échappé. Il réclame de pouvoir avoir un avis médical à tout moment de la semaine, en dehors des heures d’ouverture du cabinet de son médecin référent. Soit avant la consultation pour la préparer soit après la consultation pour bénéficier d’explications complémentaires soit pour un 2e avis. Soit enfin en remplacement de cette consultation traditionnelle qui n’est plus adapté à certaines demandes du patient que ne nécessite pas forcément un examen physique. Le patient se plaignant également du délai pour obtenir le rendez-vous.
Voir l’enquête BVA pour le CISS du mois d’octobre 2015 &  les conclusions du rapport PIPAME.

Il insiste sur l’intérêt des patients pour la télésurveillance et la télémédecine qui doit permettre selon eux, une personnalisation du suivi du patient, une réorganisation des consultations fixées à des heures plus adaptées à l’état de santé de la personne.
Pour les patients interrogés, la télémédecine doit permettre une meilleure prise en charge des pathologies relevant de l’urgence, et doit permettre un meilleur accès aux médecins spécialistes.

Outre des assureurs comme AXA, des plateformes privées proposent également des téléconsultations, ces plateformes qui fonctionnent également sur le mode B to B, offrent leurs services soit aux mutuelles, soit aux assureurs qui incluent la possibilité de la téléconsultation dans leurs contrats. Ces plateformes offrent également leurs services aux entreprises, aux laboratoires pharmaceutiques, (notamment pour des actions de prévention pilier de cette nouvelle organisation).
Il y a donc une évolution de l’offre de soins qui semble très pertinente, les premiers résultats montrent qu’elle semble performante pour gérer à moindre coût les pathologies bénignes, c’est l’avis des responsables de la plate-forme medecindirect, qui en Île-de-France sont engagés dans la téléconsultation après une première phase de téléconseil qui a débuté dès 2008.

Pour les médecins de cette plate-forme, la téléconsultation permet de régler directement une grande majorité des problèmes posés par le patient, sans avoir recours au médecin généraliste souvent débordé et a fortiori au service d’urgence dont ce n’est pas la vocation. Les consultations concernant la dermatologie, la pédiatrie, la gynécologie sont les plus fréquentes.

Selon innovationesante.fr, il n’y aura pas de marche en arrière, les tutelles finiront par prendre leurs responsabilités, et permettront à tous les médecins de faire de la téléconsultation ce qui réglera partiellement certains problèmes des déserts médicaux, et ce également grâce à l’apport des autres outils de la santé connectée utilisés dans les cabinets médicaux, les maisons et les pôles de santé (objets connectés, applications médicales, transmission des données dans les centres experts leurs analyses et le feed-back …).

Il ne faudra alors pas oublier que le secteur privé aura organisé les premières têtes de pont de cette nouvelle médecine, plus démocratique, plus réactive, plus en phase avec les aspirations du public.
Nous ne tarderons pas à vous tenir informé des dernières évolutions de la télémédecine !

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