Le suivi du patient révolutionné par les applications de la santé connectée

Les nouveaux développements des techniques de l’information et de la communication se concrétisent par le déploiement d’applications utilisées pour le bien-être de la population (sport, loisirs), pour la montée en puissance d’actions de prévention, et pour le bénéfice du suivi des patients notamment dans le cadre d’un parcours de soins, médical ou chirurgical.

A innovationesante.fr, nous rêvons d’un véritable assistant du patient. En effet ce véritable pèlerin de la médecine doit évoluer dans ce qu’il est admis de nommer un « chemin clinique », dans le contexte d’une hospitalisation ou d’une pathologie chronique par exemple. Nous rêvons donc de voir évoluer sereinement un patient qui n’aurait pas à se poser sans arrêt des questions sur :

  • le déroulement, voir le bien fondé d’un traitement ou d’une intervention chirurgicale, les risques, les alternatives.
  • le calendrier de ses rendez-vous médicaux. Pourquoi ? Quand ? Où ? Avec qui ?
  • le résultat des tests de suivi, le pronostic.
  • la nature et le degré de l’inconfort, de la restriction des activités et de la douleur post opératoire.

Le patient a besoin d’avoir une visibilité la plus complète possible sur tous ces sujets car il est le décideur principal de ce qui se trame autour de lui (Pour mémoire cela est gravé dans la loi Kouchner (Réf 1), il a besoin de la meilleure information possible.

La conséquence principale de cette révolution apportée par les applications de suivi est que le patient n’est plus pris en charge seulement au moment des actes, des consultations ou de la réalisation d’examens et de tests en tout genre.

Non, il est suivi en permanence grâce à son smartphone et des objets connectés, c’est lui qui alimente le système qui va générer les données et déclencher à bon escient des alertes qui permettront à l’équipe paramédicale et/ ou médicale de réagir plus précocement et donc plus efficacement qu’avec un suivi classique de consultations et d’examens programmés de façon pratiquement automatique.

L’application universelle (unique), idéale devrait comprendre :

  • Le dossier médical du patient (un dossier médical partagé, le fameux DMP actuellement en cours d’expérimentation par la CPAM, nos grandes oreilles nous indiquent qu’il pourrait enfin être généralisé sur tout le territoire) vous en saurez plus à la rentrée…

Dans ce dossier médical tel qu’innovationesante.fr le rêve, le patient devrait pouvoir inscrire tout ce qu’il souhaite, il devrait pouvoir y retrouver toutes les données de ses consultations avec son médecin généraliste référent, les données apportées par ses médecins spécialistes, les courriers échangés entre ces différents médecins, y compris les courriers entre l’hôpital et les médecins de ville. Tous les examens radiologiques, biologiques, anatomopathologiques…. Avec les comptes rendus, voir les commentaires. Le suivi de ses prescriptions médicales, des médicaments délivrés par les pharmacies.

Seraient intégrés à ce dossier numérique de rêve tous les modules nécessaires pour l’aider à gérer :

  • Une intervention chirurgicale, avec un dossier « parcours de soins » adapté à chaque intervention et regroupant toute les informations concernant le pré, le per, et le post opératoire (immédiat et au long cours).
  • Une maladie chronique, avec un module diabète, cancérologie adapté, pathologies cardio vasculaires (maladie coronarienne, insuffisance cardiaque), insuffisance rénale, pathologie psychiatrique et troubles cognitifs (accessible et abordable par les aidants), dysthyroidie, obésité morbide, le VIH……

Mais peut être le plus important, un module fondamental dédié à la prévention appareil par appareil avec les conseils d’hygiène de vie et les conseils pour utiliser les moyens modernes d’auto surveillance. Ce module devrait être le plus ambitieux, le plus complet possible, il devrait permettre à terme de recourir le moins possible aux autres modules « thérapeutiques » qui signent trop souvent les échecs des politiques de santé ou justement la prévention est le parent pauvre.

Le cercle vertueux est :

Je m’occupe de mon bien être, je connais mes antécédents personnels, familiaux (mon génome!), j’ai les outils de mesure que j’utilise au quotidien, et je repousse les risques (diabète, HTA, hypercholestérolémie…) c’est la prévention primaire.

Je dépiste précocement ces anomalies grâce à ces mêmes outils et je consulte avant l’installation de la maladie. C’est la prévention secondaire.

Je prends en charge ma pathologie grâce à ce suivi connecté 24/24, et j’évite ou minimise les complications de ma maladie. C’est la prévention tertiaire.

Ce cercle vertueux doit minimiser l’entrée dans les cercles vicieux des maladies chroniques et de leurs conséquences pour l’individu et la société (d’un point de vue macro-économique, et pour les comptes de la sécurité sociale).

Mais pour le moment le modèle ci-dessus décrit est une utopie, mais avec les nouvelles technologies, nous voyons se créer des applications de suivi, souvent initiées par les médecins (qui veulent améliorer eux-mêmes la prise en charge de leurs patients), également initiées par les associations de patients (qui connaissent encore mieux le vécu de la maladie et la peur des complications, elles s’organisent collectivement, à l’aide de living- labs par exemple, (Diablab à l’initiative de la fédération française des diabétiques propose son application)… Nous observons en ce moment un raz de marée de ces applications proposées au public.

Le secteur s’organise afin de les tester et de les labéliser. La start-up Française medappcare est exemplaire en la matière, elle apporte son expertise à l’industrie et labellise (façon Véritas) les nouveaux produits.

Des études cliniques scientifiques rapportent les premiers succès liés à leurs utilisations (voir ci-après Moovecare).

Les objets connectés qui sont à la base du recueil des données, foisonnent également, ils sont plus difficiles à contrôler. Mais nos scientifiques comme Guy Fagherazzi et ses collègues chercheurs en épidémiologie, (Inserm, Institut Gustave Roussy, Université Paris Sud -Université Paris-Saclay), initient les premières études à grandes échelles (dans l’étude épidémiologique française E4N), afin d’étudier la place ou l’apport d’un bracelet connecté dans une démarche de soin.

Concernant les applications, nous donnerons quelques exemples de cette révolution en marche :

MooveCare présentée au congrès d’oncologie Americain de l’ ASCO à Chicago ( 3-7 Juin 2016) par le Docteur Fabrice Denis oncologue-chercheur au Mans. Cette application gère le suivi de patients atteints de cancer du poumon.

Ils doivent renseigner sur leur smartphone de façon hebdomadaire 12 critères dont : le poids, la température, une toux, une douleur, une perturbation de l’humeur. En cas de paramètres anormaux une alerte est déclenchée. Une étude scientifique de phase III (Ref 2) a été réalisée sur 133 patients.

Les résultats montrent en faveur des patients suivis par l’application

  • une amélioration de la survie à 1 an.
  • beaucoup moins de scanner (inutile) réalisé.
  • une amélioration de la qualité de vie

Aux dernières nouvelles une demande d’autorisation de mise sur le marché (AMM) est en cours. (Réf. 3)

Pour le moment il est très important que chaque spécialité travaille sur ces algorithmes spécifiques adaptés chacun à un contexte particulier.

Toutes ces expériences serviront aux suiveurs et ultérieurement probablement à une unification qui pourrait être intégrée dans notre application « universelle ».

Voilà d’autres exemples de travaux exemplaires aboutis, utilisés en routine, mais bien évidemment évolutifs. Nous laisserons pour chaque exemple le lecteur compléter son information sur la toile à l’aide des liens.

-La plateforme Maela de suivi de patient qui prône la chirurgie ambulatoire

Maela a développé une infirmière connectée qui accompagne le patient de sa consultation préopératoire jusqu’à la fin de sa convalescence. Cela combine la santé connectée et le soin infirmier, le système utilise une plateforme cloud, des applications mobiles dédiées et sécurisées, des objets connectés qui fournissent des mesures précises depuis le domicile.

La plateforme est ensuite surveillée 24h/24 par des infirmières spécialisées afin de détecter une éventuelle anomalie dans la convalescence. Le praticien peut suivre les données de son patient depuis son smartphone et être alerté en temps réel pour permettre une prise en charge accélérée en cas de doute.

Pour une information complète voir http://www.maela.fr/#solution

La plateforme de suivi des patients, notamment après chirurgie ambulatoire : AMBUCARE healthcare. Innovationesante connait et apprécie particulièrement cette start-up née au sein de l’Hôpital privé d’Antony (HPA, Ramsay GDS).

Elle a participé au premier mini congrès sur la santé connectée que nous avons co- organisé avec nos amis de l’HPA. Son principe repose sur une application web permettant des échanges sécurisés via des formulaires, des échanges de documents texte ou multimédia, et des notifications par SMS et mails entre le patient et les équipes intra et extra-hospitalières tout en optimisant le rôle de chacun.

La plateforme prend en charge tout un panel de pathologies avant et après l’étape thérapeutique comme la chirurgie ambulatoire, la réhabilitation précoce post-chirurgicale, l’oncologie ambulatoire et les maladies chroniques. Elle apporte une solution à l’externalisation des soins, l’éducation thérapeutique et la réhabilitation améliorée des patients, lors de pathologies aiguës ou chroniques dans un souci constant de qualité et de sécurité, quelle que soit la durée de surveillance.

Nous vous renvoyons au lien http://www.theconnectedmag.fr/ambucare-patients/

La plateforme de suivi « e-baros », après chirurgie de l’obésité, du Docteur David Lechaux de St Brieuc qui surfe sur les principes de l’auto santé mettant au centre du système le patient.

Le deuxième pilier est le dossier médical partagé, accessible au chirurgien, au médecin traitant, à l’infirmière coordinatrice, à la diététicienne et à la secrétaire chirurgicale.

Le troisième pilier est la télémédecine : tous les mois pendant 5 ans, le patient reçoit un mail pour suivre son poids et son feeling. Des systèmes d’alerte sophistiqués sont en place en cas de problème. L’un des principaux résultats du système est la diminution considérable des patients « perdus de vue », avec les conséquences sur les risques de carences nutritionnelles et de séquelles irréversibles. Grâce à e-baros, nous dit David Lechaux, le taux de perdu de vue à 4 ans a été abaissé à 17%.

Voir https://www.abcd-chirurgie.fr/patients/accueil-/plateforme-de-suivi-e-baros.html

L’application « e-thyroïde », de l’association Vivre Sans Thyroïde et Bayer, pour les patients présentant des pathologies thyroïdiennes pour les aider à mieux gérer la maladie au quotidien.

https://www.bayer.fr/actualie-vivre-sans-thyroide-bayer-application-mobile

L’application mobile de suivi médical à domicile lancée par le groupe de cliniques Elsan. C’est une application mobile de suivi médical à domicile pour les patients de ses 80 établissements.

Dénommée « Espace Patient », cette application offre un suivi personnalisé aux patients depuis leur domicile, avant et après leur intervention. Elle permet de garder le contact entre le patient et l’équipe soignante.

L’application intervient dès la pré admission : stockage des documents importants, démarches et tâches à effectuer par le patient, rappel des rendez-vous avec les spécialistes, contenus informatifs sur la pathologie, ou encore espace fermé de discussions entre individus confrontés à la même pathologie. Elle permet aussi le suivi post-opératoire à domicile et l’accompagnement du patient notamment grâce aux objets connectés. Elle permet la mise en relation avec les médecins par téléphone notamment en cas de complication.

http://www.groupe-elsan.com/actus/notre-dame-lance-une-application-mobile-pour-ses-patients/

http://www.ticsante.com/Elsan-lance-une-application-mobile-de-suivi-medical-a-domicile-NS_3146.html

Voilà quelques exemples d’applications pionnières, il y en a beaucoup d’autres qui mériteraient d’être valorisées.

Personnellement nous allons très prochainement en tester une pour le suivi des patients opérés en ambulatoire.

Le but, est que le patient se sente mieux accompagné, 24 heures sur 24, après sa sortie de l’établissement de soins.

Nous nous attendons grâce à l’utilisation de ces applications à une amélioration de la qualité du suivi avec une diminution du nombre et/ ou de la gravité des événements indésirables. C’est ce que les études que nous allons faire devront démontrer. Nous ne manquerons pas de publier les résultats dans nos colonnes.

A très bientôt sur le blog et comme toujours nous sommes dans l’attente de vos commentaires !

 

Réf 1. Loi no 2002-303 dédiée aux droits des malades et à la qualité du système de santé. Dite loi Khouchner

Réf. 2 Un essai de phase III est une étude menée sur une population de patients, il permet de comparer une efficacité thérapeutique par rapport à une référence ou à un placebo.

Réf.3 En France, pour être commercialisé, un médicament doit posséder une autorisation de mise sur le marché (AMM) délivrée par une autorité compétente selon des standards et des procédures parfaitement définis. L’autorisation de mise sur le marché (AMM) est l’accord donné à un titulaire des droits d’exploitation d’un produit fabriqué industriellement pour qu’il puisse le commercialiser.[ ]Lorsqu’un laboratoire pharmaceutique désire mettre en vente un produit de santé, il doit présenter un dossier auprès de l’autorité compétente concernée, l’AFSSAPS en France ou l’Agence Européenne du Médicament (EMA) dans l’Union européenne.

L’AMM est délivrée par les autorités nationales compétentes (telles que l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Ou par l’Agence européenne des médicaments (EMA) en cas de procédure centralisée. L’AMM doit garantir la qualité, la sécurité et l’efficacité du médicament. Le dossier d’AMM comporte une partie Qualité une partie Sécurité une partie Efficacité, il définit les conditions exactes de l’utilisation, établit le rapport bénéfice / risque qui doit être favorable en vue de son utilisation commerciale. Ces trois parties techniques sont accompagnées du Résumé des Caractéristiques du Produit (RCP), la notice patient et les informations d’étiquetage…

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