L’imposture de l’intelligence artificielle.

L’intelligence artificielle est un sujet passionnant pour nombre de mathématiciens et autres informaticiens, mais quand le sujet est galvaudé il devient un fantasme qui désinforme le public !

Concernant les nouveaux outils informatiques utilisés en médecine, les mots « intelligence artificielle » fleurissent sur la toile, en  y  associant de magnifiques images  de cerveaux plus ou moins relookés*, et de schémas de « neurones  artificiels »*, qui  laisse penser que ces outils remplacent notre intelligence.

La réalité est bien loin de ressembler à cela.

Il n’existe actuellement aucun système d’intelligence artificielle ressemblant de près ou de loin au fonctionnement de notre cerveau.

Ainsi s’il fallait réécrire notre sujet de blog du 6 octobre 2016, (que je vous invite à relire), intitulé

« L’intelligence artificielle selon Watson », il faudrait pour être plus rigoureux changer le titre par exemple par  » l’informatique cognitive de Watson d’ IBM, au service de l’homme »

En effet la société IBM que nous avons rencontré il y a quelques semaines sur Nice,  est une entreprise en pointe dans ce domaine de l’informatique cognitive*. Elle ne prétend à aucun moment substituer le cerveau de ses clients par une quelconque forme d’intelligence artificielle, au contraire c’est l’intelligence des hommes qui va se nourrir des derniers développements de l’informatique, et faciliter considérablement le traitement de tâches quotidiennes qui se posent aux acteurs du monde économique en général,  et au monde de la santé en particulier.

L’ambition de ces nouveaux outils est notamment le traitement de quantités immenses de data accumulées par les activités de l’homme, ou utile à la médecine (le génome…).

« L’intelligence artificielle »  telle quelle est fantasmée parfois sur la toile serait constituée de systèmes experts imitant l’homme, en possédant toutes ses fonctions cognitives*, avec la possibilité d’un apprentissage, d’une organisation de la mémoire et d’un raisonnement critique. Le système ayant une bonne compréhension du langage, une perception visuelle et auditive avec in fine la possibilité de penser. Cette machine ainsi éduquée dans ce qu’on appelle le concept d’intelligence artificielle « forte » devrait pouvoir éprouver une impression d’une réelle conscience de soi.

Cela n’existe pas et n’est pas envisagé avant des décennies, ou un siècle !

Toutefois certains spécialistes reviennent à la charge promettant que cela pourrait devenir  rapidement possible avec l’utilisation des ordinateurs quantiques. En effet peut-on lire,  » des algorithmes quantiques pourraient être capables de mener à bien des calculs hors d’atteinte pour les calculateurs conventionnels ».

Mais à la connaissance d’innovationesante,  ils n’existent pas d’ordinateurs quantiques en fonctionnement…

Le projet de  D- wave systems est très controversé, et nous ne sommes  pas dans les secrets de l’association entre Google, la NASA et D- wave systems, concernant l’expérimentation « possible » d’un ordinateur « peut être » quantique !

Je vous invite alors à relire notre billet de blog: « Les ratés de la santé connectée, ou le patient pris en otage« ,  montrant l’enfumage » relayé par le net de la part de certaines sociétés,  confondant  leurs rêves  avec les possibilités techniques du moment. Comme pour les lunettes et les lentilles connectées de Google, nous retrouvons  le même scénario de surenchère médiatique concernant l’informatique quantique promesse de la véritable « intelligence artificielle »!

Il est possible de lire par exemple: « L’ordinateur quantique de la NASA et de Google double ses capacités … »passant de 512 qubits à plus 1000 »

Or  de nombreux spécialistes doutent même de l’existence d’un ordinateur réellement « quantique » et fonctionnel ! Affaire à suivre…

Mais pour d’autres spécialistes l’usage des réseaux de neurones artificiels pourrait permettre également d’atteindre ce but.

Concernant cette représentation de systèmes informatiques (voir schémas ci-dessous), innovationesante.fr n’a pas vraiment trouvé dans la littérature ce qui pouvait justifier scientifiquement de les comparer à de véritables neurones humains, c’est donc dans un souci de simplification, comme l’est également l’utilisation  de l’image du cerveau relooké, que ces schémas sont repris à l’infini.

ArtificialNeuronModel_francais

Neurones artificiels

intelligence-artificielle

Représentation du cerveau : intelligence artificielle.

 

Mais ces procédés anthropomorphiques égarent voir manipulent le lecteur béotien.  Elles les invitent à confondre intelligence artificielle (qui n’existe donc pas pour le moment dans le sens littéral),  avec informatique cognitive ou plus simplement possibilités de calculs, aussi prodigieux soient-ils.  Cela nous parait très néfaste. L’impression est donnée que le cerveau humain délègue ses prérogatives aux machines. Cela pourrait entraîner (très justement) des réactions d’hostilités (de la part de ceux qui compte bien rester maître de leurs décisions) envers ces outils que nous aurions pourtant intérêt à intégrer dans notre quotidien en les jugeant pour ce qu’ils sont vraiment. Cette imagerie est donc contre-productive.

La réalité d’aujourd’hui est l’existence d’un certain nombre de systèmes utilisant des dispositifs cognitifs imitant partiellement des comportements humains, et pouvant donner l’impression d’être intelligents, mais ils ne le sont pas.

Il s’agit par exemple:

– de système de reconnaissance d’une forme visuelle, de la parole,

– de système lié à la motivation, à la coordination motrice, et au langage.

Cela est déjà remarquable et spectaculaire.

Ces algorithmes peuvent être intégrés dans des systèmes experts permettant des applications précises.

Ainsi pour le moment nous sommes plus proches de ce que certains appellent » l’intelligence artificielle faible »: cherchant à construire des systèmes plus ou moins autonomes, capable de résoudre des  problèmes précis.

Ainsi un système cognitif artificiel peut intégrer des compétences de :

  • traduction
  • traitement  du langage naturel
  • raisonnement (système expert)
  • apprentissage
  • reconnaissance de forme (visage, vision générale…),  intégration d’informations
  • émotion artificielle

Ces systèmes pourront alors intervenir dans les fonctions suivantes :

  • aide au diagnostic
  • aide à la décision
  • résolution de problèmes complexes
  • assistance par des machines dans les tâches dangereuses
  • automatisation des tâches.

Ces systèmes experts peuvent être utilisés dans de nombreux domaines :

  • la banque, système expert d’évaluation de risque lié à l’octroi d’un crédit
  • la finance, le système va gérer entièrement un fond…
  • le domaine militaire, drones, automatisation de l’armement militaire, systèmes de commandement, aide à la décision.
  • la médecine, systèmes d’expert d’aide au diagnostic…

Mais certain commentaires peuvent être tendancieux.

Par exemple l’ordinateur Deep Blue d’IBM, qui a battu Garry Kasparov en 1997,  a été présenté pour des raisons marketing, comme un système plus intelligent que le joueur d’échec. Mais Deep Blue était un  calculateur sans aucune conscience du jeu lui-même. D’ailleurs il fut ensuite reconverti en machine classique, utilisée pour l’exploration de données.

De même les victoires du logiciel AlphaGo de DeepMind, filiale de Google, en  octobre 2015 et en mars 2016, devant respectivement le triple Champion d’Europe de jeu de Go et le Champion du monde de jeu de Go,  sont les victoires d’un calculateur artificiel dont les possibilités de calcul sont supérieures à un cerveau humain, cela ne fait pas de la machine un être intelligent.

Le terme d’intelligence artificielle ne devrait donc être réservé qu’à des sujets de recherche, de prospective ou d’anticipation…

Les apports des nouvelles technologies de l’information et de la communication sont déjà suffisamment clivant pour le public, il ne faut pas en rajouter une couche, en effrayant les utilisateurs potentiels.

Je pense aux médecins chercheurs travaillant par exemple dans le domaine de la cancérologie, des maladies rares, de la médecine personnalisée liée au génome par exemple. Ils ne doivent pas avoir l’impression qu’un algorithme aussi sophistiqué soit-il, pense à leur place, car cela n’est pas vrai.

L’algorithme bien utilisé et maîtrisé, aide le médecin à donner du sens à la grande quantité de data qu’il lui est nécessaire de prendre en compte pour parvenir à un diagnostic ou à une décision thérapeutique. Exemple du Medecin memorial Sloan Kettering Cancer Center aux U.S. qui utilise quotidiennement l’informatique cognitive pour traiter des dossiers et proposer aux médecins des combinaisons médicamenteuses (voir le billet « l’intelligence artificielle selon Watson »).

En argumentant cette utilisation trop facile et souvent erronée des termes » intelligence artificielle », ce billet veut mettre en valeur l’usage quotidien et en pleine expansion de l’informatique cognitive au service de l’intelligence de l’homme.

 

 

*Informatique cognitive:

C’est l’informatique qui donne du sens aux données

C’est la 3ème ère de l’informatique après la tabulation et la programmation.

Elle ne donne pas des réponses absolues à un problème mais la réponse la plus acceptable sous la forme d’une probabilité.

* Le système cognitif:

Comprend le langage humain

Génère des hypothèses de façon statistique

S’adapte et apprend en échangeant avec l’interlocuteur

Il n’est donc qu’un système au service de celui qui l’interroge, ce dernier parvenant in fine à traiter plus rapidement son problème.

* La cognition :

Est l’ensemble des processus mentaux qui se rapportent à  la fonction de connaissance: mémoire, langage, raisonnement, apprentissage, intelligence, résolution de problème, prise de décision, perception, attention.

 

 

 

 

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